Solitude du Freelance : mythe ou réalité ?

Travailler en freelance renvoie systématiquement à une image mentale : celle d’un “solo”, d’une personne libre et solitaire, en tout cas à la notion de solitude. Le freelance est par définition indépendant. Qui dit indépendant fait parfois penser à cette image de Lucky Luke, le cowboy solitaire, the “poor lonesome cowboy”.

Il n’y a pas un indépendant qui ressemble à un autre. Pourtant, ils ont des choses en commun, ne serait-ce que dans le process, la façon de mener son activité, la gestion et l’organisation notamment : on se doit d’être rigoureux et d’anticiper en permanence. 

La solitude est-elle le prix de la liberté ?

D’abord, tout le monde n’a pas la hantise de la “solitude”. Certains travaillent mieux seuls et n’angoissent absolument pas de ne pas faire partie d’un groupe, d’une équipe ; au contraire, il y a un certain pourcentage qui choisit de s’isoler pour mieux se concentrer. Les profils sont commes les natures, différents.

Certains arrivent à travailler en co-working dans des tiers-lieux ; d’autres ont besoin d’avoir leur bibliothèque personnelle sous la main, d’être dans un décor harmonieux pour se concentrer, sans allers-et-venues intempestives.
Certains arrivent à travailler en musique ; d’autres plutôt dans le silence total (votre serviteur). Etc.

Certes, dans “freelance”, il y a free, qui veut dire libre, première définition du terme anglais. À ne pas confondre avec la seconde traduction “gratuit”, car le travail d’un freelance professionnel ne peut être gratuit (j’y reviendrai…).
Mais cette notion de liberté est à considérer de manière relative.

Bien sûr qu’il y a une certaine liberté à s’organiser : si l’on est fatigué un jour, on peut lever le pied et décider de travailler le samedi suivant (enfin le dimanche suivant, car beaucoup travaillent déjà le samedi)…

Il y a une certaine liberté à décider de sa façon de communiquer, de gérer une mission, de choisir les sujets des articles de ses propres blogs. Oui, il y a effectivement des choix. Mais n’oubliez pas que tous ces choix sont décidés seul.e la plupart du temps.

Pourquoi la solitude du freelance est une réalité à bien des égards ?

En travaillant de chez lui, le freelance a des liens souvent réduits au virtuel. Entre les échanges et les posts sur les réseaux sociaux, les emails, les SMS et autres réponses ou veille à accorder ou à traiter de manière digitale, l’écranisation est l’état qui sous-tend le solo.

Sur les ondes radios, dans les médias, on entend toujours parler des “salariés”, de manière quasi unique, comme s’il n’existait aucun autre profils (éventuellement entend-on “salarié intérimaire”.

Jamais on ne parle des indépendants. Comme s’ils étaient une catégorie à part, silencieuse. Pourtant, le nombre de freelances – que ce soit en micro-entrepreneur (ex-auto-entrepreneur), société unipersonnelle, entreprise indivisuelle ou portage salarial – ne cesse d’augmenter !

Ces derniers temps, on entend même parvenir en boucle à nos oreilles “prime pour les salariés”. Mais les indépendants, ne font pas partie du décor. Notre prime à nous consiste en un remerciement quand un client en retard daigne enfin régler son dû. Entretemps, les charges fixes ou les charges calculées annuellement en fonction de vos résultats de l’année passée (voire antérieure) ayant bien entendu continué de s’appliquer.

Et la “faire grève” ne fait pas non plus partie de nos alternatives.

Le sentiment de solitude peut également vous envahir lorsque vous entendez des salariés vous dire “oh, tu es libre de gérer ton temps, c’est cool, tu peux partir en vacances quand tu veux, dormir le matin” – sous-entendu “tu n’as pas de contraintes, tu as la belle vie toi“…

Ah oui ? Vraiment ? Échanger quelques jours (ou semaines) nos places serait la seule façon de leur faire comprendre la réalité…

Le temps, même bien planifié, est extrêmement rempli au contraire. Il y a toujours quelque chose à faire : à anticiper, à penser, à projeter, à rédiger, à concevoir, à remercier, à veiller, à lire, à éditer, à répondre, à travailler, à communiquer à gérer, etc. Le cerveau n’est jamais au repos. Le dimanche ?

Mais c’est au contraire le jour le plus tranquille que l’on utilise pour prendre le temps de trier ses email, de lire les nouveaux profils amis sur Linkedin, de faire le tour des tendances etc.

Le réseau pour pallier le sentiment de solitude

Il y a aussi des plateformes, heureusement pour nous accueillir. Bien sûr, nous y sommes mis en compétition puisque c’est le propre de l’exécrable système actuel. Je ferai d’ailleurs un jour un billet sur la notion de notation réductrice et très relative (comme le souligne avec humour Blanche Gardin).
Mais nous pouvons aussi être complémentaires et quand nous ne sommes pas en rude concurrence, nous nous soutenons réellement.

Alors non, on n’est pas vraiment seul, mais on peut se sentir seul oui. Entièrement responsable de son activité et donc de son devenir, ce sentiment d’être seul est paradoxalement “partagé” par tous les freelances. On dit qu’on ne naît pas femme, qu’on le devient… Est-ce de même pour un indépendant ? Ok, on naît seul, on meurt seul de toute façon. Mais entre les deux ? Le choix de travailler en autonomie doit être, comme une vocation, un choix rendu possible et surmontable grâce à un mental d’acier…

Une réflexion parue dans La Tribune en 2017 en parle dans un article intitulé Travailleurs indépendants : combattre la solitude.

Mais justement, la notion de réseau, d’amitié, de confiance, de soutien, de force, de ténacité, d’agilité sont autant de caractéristiques qui parsèment – voire qui conditionnent – notre vie professionnelle au quotidien. Il nous arrive de travailler en équipe avec un, deux, voire trois métiers complémentaires, d’autres freelances, requis sur une mission. Tous dans le même bain, l’entente est impérative. Elle est d’autant plus forte que nous partageons généralement les mêmes conditions de travail et les mêmes qualités obligatoires de réactivité, de souplesse, de savoir-faire, etc.

Se remettre constamment en question, réfléchir, rester en éveil et curieux, voilà entre autres, ce qui apporte de l’essence au moteur d’une activité. La vraie et toute simple satisfaction du freelance ? un client satisfait par le travail rendu.

On est solitaire par définition de statut, mais fort heureusement, on ne sent pas si seul que ça. Des millions d’indépendants vivent les mêmes affres ou joies de l’activité de freelance ! Alors qui s’y colle ?

 

(image : pxhere, domaine public)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!
Praesent mattis felis libero dolor. odio nunc lectus amet,